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Greg Foster : « GitHub devrait facturer aux entreprises 1 dollar de plus par utilisateur par mois », le développeur propose-t-il une réponse pragmatique au sous-financement chronique de l'open source ?

Le , par Stéphane le calme

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Et si la plateforme la plus centrale du développement logiciel moderne augmentait discrètement ses tarifs d’un dollar par utilisateur et par mois auprès des entreprises ? Derrière cette proposition en apparence anodine, formulée dans un billet très commenté de Greg, se cache en réalité une réflexion beaucoup plus large sur la valeur réelle de l’infrastructure logicielle mondiale, sur la soutenabilité économique de l’open source et sur la dépendance croissante des développeurs à des plateformes devenues quasi incontournables. L’idée est volontairement provocatrice : faire payer un peu plus cher GitHub pour financer correctement ce qui fait tourner l’écosystème logiciel global. Mais est-ce une solution pragmatique ou une fausse bonne idée ?

Greg Foster est un ingénieur logiciel et blogueur technique américain, connu pour ses prises de position critiques sur l’économie du logiciel, les plateformes de développement et les tensions structurelles autour de l’open source. Il s’est fait remarquer dans la communauté tech par des analyses volontairement directes, souvent provocatrices, mais ancrées dans une solide expérience de terrain.

Greg Foster a travaillé plusieurs années dans l’écosystème des plateformes cloud, notamment chez Heroku, où il a été confronté aux problématiques concrètes d’infrastructure, de scalabilité, de fiabilité et de modèles économiques SaaS. Cette expérience nourrit aujourd’hui une vision très pragmatique du développement logiciel, loin des discours idéalisés sur la gratuité ou la neutralité des plateformes.

À travers son blog personnel, Greg Foster publie régulièrement des billets d’opinion sur des sujets sensibles pour les développeurs et les décideurs techniques : dépendance aux grandes plateformes, viabilité économique de l’open source, dette technique collective, ou encore illusion de la gratuité dans le logiciel moderne. Ses textes circulent fréquemment sur les réseaux sociaux professionnels et sont repris ou débattus dans des communautés de développeurs.

Greg Foster revendique un ton volontairement frontal. Il cherche moins à proposer des solutions clés en main qu’à provoquer une prise de conscience collective. Ses articles partent souvent d’idées simples pour mettre en lumière des déséquilibres structurels beaucoup plus profonds dans l’industrie du logiciel.

Contrairement à certains discours militants, Greg Foster adopte une approche réaliste, parfois jugée inconfortable. Il reconnaît la valeur fondamentale de l’open source, tout en soulignant ses fragilités économiques et sa dépendance croissante à des acteurs privés dominants. Ce positionnement hybride, à la frontière entre engagement communautaire et lucidité économique, explique pourquoi ses prises de parole suscitent autant d’adhésion que de critiques.

Aujourd'hui, c'est justement l'un d'eux qui nous intéresse.


GitHub, une infrastructure critique devenue banale

Depuis plus d’une décennie, GitHub n’est plus un simple service d’hébergement de code. Il est devenu l’ossature invisible de l’industrie logicielle, le point de passage obligé de millions de développeurs, d’entreprises et de projets open source. Dépendances, CI/CD, sécurité, collaboration, tout transite désormais par cette plateforme, au point que sa disponibilité et ses choix stratégiques ont un impact systémique.

C’est précisément cette centralité qui nourrit l’argument de départ : une infrastructure aussi critique ne peut pas être financée uniquement par des modèles tarifaires historiquement bas, hérités d’une époque où GitHub était encore perçu comme un outil communautaire plus que comme une colonne vertébrale industrielle.

Voici son argumentation :

« C'est fou, absolument fou de compter sur l'open source pour être gratuit (comme la bière). Ce n'est pas acceptable - il n'est pas acceptable de considérer que ce travail est tombé du ciel et qu'il s'agit d'un cadeau, et que les personnes/la personne derrière tout cela le font uniquement pour leur propre plaisir.

« Il est impossible d'imaginer que ce que nous faisons aujourd'hui soit la seule solution. Mendier/jouer dans la rue pour obtenir des dons, dans l'espoir d'être remarqué. Dans l'espoir d'une bouée de sauvetage.

« D'où une solution. Ou plutôt une idée. Incroyablement bancale. Vous pouvez la critiquer autant que vous voulez. Elle est très imparfaite et très immature.

« GitHub devrait facturer à chaque organisation 1 dollar de plus par utilisateur et par mois et verser cette somme dans un fonds open source, détenu en fiducie.

« Ces fonds seraient ensuite distribués en fonction de l'utilisation : chaque mention dans un fichier package.json ou requirements.txt vous donne droit à une part du gâteau.

« Vous savez comment l'argent que vous payez à Spotify est distribué de manière très approximative (et pas vraiment équitable) entre les artistes que vous avez écoutés ? Oui, Spotify est un modèle très imparfait et les artistes ne s'en sortent pas bien. Mais c'est un modèle, n'est-ce pas ? C'est tout. C'est l'idée. Appelez cela le "Fonds Open Source", rendez-le facultatif. Donnez à chaque organisation un badge magique, ou la possibilité de définir le css d'arrière-plan de son profil.

« Ou ne le faites pas ! Ne faisons rien ! Le code et les efforts des gens, qui alimentent des éléments d'infrastructure incroyablement critiques partout dans le monde, devraient simplement être à la disposition de tous. Haha ! Les nuls !

« Bon, je ne sais pas comment vous financez Linux (Linux apparaît-il dans un fichier de configuration ?). Hum. Peut-être que les commandes FROM des fichiers Dockerfiles sont également lues et appliquées. Peut-être pouvons-nous au moins commencer quelque part ?

« Quoi qu'il en soit, vous qui êtes tous plus intelligents que moi, vous pouvez trouver la solution. Je ne peux tout simplement pas accepter que ce que nous avons soit "BON". Des bisous ».


Pourquoi la proposition gagne en solidité lorsqu’elle cible les organisations

En excluant explicitement les développeurs individuels, les étudiants et les contributeurs bénévoles, la proposition corrige l’une des objections les plus sensibles du débat initial. Elle reconnaît une réalité souvent évitée : ce sont avant tout les organisations qui captent la valeur économique produite par l’open source, bien plus que les individus. Dans cette optique, demander un effort financier ciblé aux entreprises apparaît moins comme une pénalisation que comme une forme de rééquilibrage.

Cette approche introduit une distinction fondamentale entre usage personnel et usage productif. Lorsqu’une organisation s’appuie sur GitHub pour développer, maintenir et livrer des produits commerciaux, la plateforme n’est plus un simple outil communautaire mais un maillon direct de la chaîne de valeur. Faire contribuer ces acteurs à hauteur d’un dollar par utilisateur et par mois devient alors un geste proportionné, presque symbolique, au regard des revenus générés.

Notons tout de même que pour le développeur Jan Kammerath a estimé que l'Open Source serait en difficulté et ce n'est pas la faute des grandes entreprises technologiques.

Un fonds open source sous séquestre : un changement de nature

Le point le plus structurant de la proposition réside dans le fléchage explicite des fonds vers un Open Source fund held in escrow. Ce détail est loin d’être cosmétique. Il marque une volonté de séparer clairement la hausse tarifaire du chiffre d’affaires direct de GitHub. Le dollar supplémentaire n’est plus présenté comme un revenu, mais comme une contribution dédiée, dont l’usage est théoriquement sanctuarisé.

Dans un secteur où la défiance envers les plateformes est forte, cette mise sous séquestre vise à instaurer un minimum de confiance. Elle ouvre la voie à une gouvernance spécifique, potentiellement indépendante, et à des mécanismes de redistribution transparents. Sur le plan conceptuel, c’est une rupture avec la logique classique du SaaS, où toute augmentation de prix alimente indistinctement la croissance de l’éditeur.

Une réponse pragmatique au sous-financement chronique de l’open source ?

L’un des mérites majeurs de cette proposition est d’attaquer frontalement un problème que tout le monde connaît mais que peu d’acteurs structurants osent adresser : l’open source est massivement utilisé par les entreprises, mais très insuffisamment financé. Les dons volontaires, les sponsors ponctuels et les modèles freemium n’ont jamais permis de répondre à l’ampleur du phénomène.

En mutualisant une contribution minime à l’échelle de millions d’utilisateurs professionnels, GitHub pourrait créer un levier financier inédit. Même modeste individuellement, ce mécanisme pourrait générer des montants capables de sécuriser des projets critiques, de financer de la maintenance, de la sécurité, et de réduire la dépendance à quelques mainteneurs sursollicités.

Une responsabilisation indirecte mais réaliste des entreprises

Idéalement, chaque entreprise financerait directement les projets open source dont elle dépend. Dans la réalité, cette approche reste marginale, souvent faute de temps, de visibilité ou de gouvernance claire. En s’interposant comme collecteur et redistributeur, GitHub propose une solution imparfaite mais opérationnelle, adaptée à la complexité actuelle de l’écosystème logiciel.

Cette médiation peut être vue comme une forme de responsabilisation indirecte, qui reconnaît les limites des comportements vertueux spontanés dans un marché ultra-compétitif. À défaut d’un modèle parfait, elle offre un mécanisme systémique, là où les initiatives individuelles peinent à changer l’échelle du problème.

Un signal politique adressé à l’industrie du logiciel

Enfin, au-delà de l’aspect financier, la proposition envoie un signal fort à l’ensemble du secteur. Elle affirme que l’open source n’est pas une ressource gratuite et inépuisable, mais un bien commun fragile, qui nécessite des mécanismes de financement à la hauteur de son importance stratégique.

Dans un contexte où les grandes plateformes, y compris celles contrôlées par Microsoft, sont de plus en plus scrutées pour leur rôle systémique, ce type d’initiative pourrait repositionner GitHub non plus seulement comme un hébergeur de code, mais comme un acteur assumant une part de responsabilité dans la durabilité de l’écosystème.

Les limites et objections, même avec un fonds open source sous séquestre

Restreindre la contribution aux organisations et promettre un fléchage vers un fonds open source change la nature morale de la proposition, mais ne la rend pas automatiquement consensuelle. Le premier point de friction concerne la gouvernance réelle de ce fonds. Un mécanisme “held in escrow” suppose une transparence irréprochable, des règles de redistribution claires et une indépendance crédible vis-à-vis de GitHub et de son actionnaire. Sans cela, la promesse peut facilement être perçue comme un habillage vertueux d’une décision tarifaire classique.

La question de qui décide quels projets open source méritent un financement reste centrale. L’écosystème est fragmenté, hétérogène et traversé de rapports de force implicites. Un fonds géré ou influencé par une plateforme dominante risque mécaniquement de privilégier les projets les plus visibles, les plus utilisés par les grandes entreprises, ou ceux alignés avec les priorités industrielles de GitHub et de Microsoft. Les projets plus modestes, pourtant critiques, pourraient rester en marge.

Un autre point de critique réside dans la normalisation implicite d’une “taxe plateforme”. Même limitée aux organisations, l’idée crée un précédent : celui d’une contribution obligatoire décidée par un acteur privé, devenu de facto infrastructure critique. Pour les entreprises, notamment les PME, startups et associations, cela pose une question de principe. À partir de quel moment une plateforme est-elle légitime pour imposer une contribution destinée à financer un écosystème qu’elle héberge, mais qu’elle ne représente pas dans toute sa diversité ?

La mesure peut également introduire une distorsion concurrentielle. Les organisations pourraient être incitées à réduire le nombre d’utilisateurs déclarés, à multiplier les comptes individuels gratuits, ou à externaliser une partie de leurs activités vers d’autres plateformes pour limiter la contribution. Ce type d’optimisation, bien connu dans les modèles SaaS, risque d’affaiblir l’objectif initial de financement collectif et d’ajouter une couche de complexité administrative sans bénéfice clair pour l’open source.

Enfin, même avec un fonds dédié, la proposition ne traite pas le problème structurel du sous-financement chronique de l’open source. Elle repose sur une redistribution indirecte, décidée en amont par une plateforme privée, plutôt que sur une responsabilisation directe des entreprises vis-à-vis des projets dont elles dépendent réellement. Certaines critiques y verront une forme de décharge morale : payer un dollar de plus à GitHub pour se donner bonne conscience, sans engager de relation durable avec les mainteneurs clés de ses dépendances.

En filigrane, une...
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